Plus dure sera la chute

Nous en parlions il y a quelque temps et voila que c’est désormais fait : Evo Morales a démissionné de son quatrième mandat, après seulement quelques semaines.

Pourquoi ?

Pas pour se faire plaisir… Cela est une certitude. Un petit rappel des faits.

  • En 2016, Evo perd un référendum constitutionnel devant lui permettre de briguer un quatrième mandat présidentiel. Mais une décision du Tribunal constitutionnel par la suite (28 novembre 2017) lui permet de passer outre ce référendum. C’est la première alerte rouge et le premier franchissement d’une ligne blanche à pleine vitesse !
  • Le 20 octobre 2019, il gagne les élections présidentielles dès le premier tour avec 47,08 %, son adversaire le plus proche, Carlos Mesa, est à 36,51 %. La règle en Bolivie est claire, avec plus de 40 % au premier tour et plus de 10 points d’avance sur le deuxième, il est élu sans second tour.
  • Cependant, après des annonces en fin de scrutin beaucoup plus serré, une dalle de chape se met en place et plus aucun résultat provisoire n’est annoncé. Après 24h, un résultat bien plus favorable est annoncé. Evo perds alors la chance de pouvoir être le premier président élu au suffrage universel au second tour. Sa dernière chance vient de passer, il va désormais s’enfermer…
  • Le 25 octobre, Morales est officiellement déclaré vainqueur par le Tribunal Suprême Électoral. Cependant des grèves et des manifestations ont déjà commencé. Evo Morales qualifie déjà ces appels de tentative de coup d’État. L’OEA (Organisation des États américains) de son côté recommande la tenue d’un second tour, compte tenu des irrégularités observées durant le scrutin.
  • Le 1ᵉʳ novembre, les autorités boliviennes demandent finalement l’ouverture d’un audit réalisé par l’OEA, l’opposition refuse d’y participer dénonçant un accord conclu « sans représentants de la société civile ni partis politiques ».
  • Le 7 novembre vois un palier se franchir dans l’escalade. La maire de la ville de Vinto est enlevée par des manifestants, qui la font signer une lettre de démission, la mutile (cheveux coupés) et brûle la mairie.
  • Le 10 novembre, les carottes sont cuites. Evo Morales annonce alors le renouvellement de l’ensemble des membres du Tribunal Électoral Suprême, puis la tenue d’une nouvelle élection présidentielle, mais sans préciser de date… Le rapport de l’OEA fait état de fraudes importantes. Sous la pression populaire qui tient en otage quelques personnalités, plusieurs ministres et députés démissionnent, dont le président de la Chambre des députés. La COB (Centra Obrera Boliviana, le principal syndicat du pays) demande au président de «démissionner, le cas échéant». Le chef d’état-major de l’armée lâche la présidence en demandant son départ. Le président de l’Assemblée législative plurinationale, la présidente de la Chambre des sénateurs et le premier vice-président démissionnent à leur tour. Evo annonce alors enfin sa démission !

On verra qui va assurer l’intérim. A priori, cela devrait être Jeanine Áñez, seconde vice-présidente de la Chambre des sénateurs, qui est membre de l’opposition. Il faut surtout espérer que la situation désormais se calme, il y a déjà trop de morts et de blessés. Cependant, avec des mandats d’arrêt à l’encontre des membres de la commission électorale, il n’est pas sûr que la tension retombe rapidement.

Quelle est la réaction de quelques médias français.

C’est amusant de voir une certaine unanimité sauf d’un journal qui tombe dans la facilité de l’opposition d’extrême gauche, comme si la chute du mur de Berlin et de l’URSS n’avaient pas existé, il y a tout juste 30 ans.

Lors de notre voyage en 2018, nous n’avons rencontré aucun Bolivien qui soutenait Evo. Tout le monde trouvait qu’il avait fait son temps, qu’il y avait une certaine dérive autoritaire du pouvoir et que la culture de la Coca cachait peut-être un trafic étatique ? Qu’on soit de gauche ou de droite, les éléments convergeaient depuis des mois tous vers le mandat de trop. Il aurait pu enfiler la statue du commandeur, il va chuter du haut de sa tour de verre. Soutenir son mouvement, soutenir ses actions et sa politique, oui je le comprends, notamment quand on compare la Bolivie d’aujourd’hui de celle d’il y a 20 ans. Un bon projet communautaire se doit d’être porté par plus d’une personne. Pourquoi soutenir le bonhomme, c’est pas très communiste dans l’âme à mon sens. C’est tout le projet qui va a sa perte !

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